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Véronique Veber, l’humain au cœur du reportage

Après une carrière de journaliste d’investigation qui l’a amenée à parcourir le monde, l’île de Ré est devenue depuis quelques années son point d’ancrage. Elle se confie sur son parcours singulier.
«L’île de Ré fait partie de notre patrimoine familial du côté de ma maman depuis huit générations. Ma grand-mère était institutrice à l’école de Saint-Martin-de-Ré, mon grand-père, apiculteur. Vivant à Paris avec mes parents, je passais toutes mes vacances ici. C’est mon refuge depuis l’enfance. Tous mes souvenirs heureux se sont construits sur cette île qui garde ainsi pour moi un parfum si particulier », nous raconte Véronique.
Une vie professionnelle de combattante à victime
Elle commence ses études par Hypokhâgne, Khâgne, puis par une maîtrise en Sciences politiques et poursuit par l’Ecole de journalisme de Strasbourg dont elle sort diplômée. Elle intègre alors la rédaction du journal de TF1 et fait ses premiers pas dans le monde de l’audiovisuel. Propulsée très vite au cœur de l’actualité avec le crash du Concorde, c’est l’un des premiers sujets qu’elle suivra. Elle quitte ensuite Paris pour la Bretagne et devient correspondante à la demande de TF1 et France 3 pendant cinq ans. Mais les formats courts d’actualité d’une minute trente qu’elle doit livrer pour les Journaux télévisés, ne lui donnent pas satisfaction. « J’étais frustrée car je n’arrivais pas à raconter mes histoires sur la longueur, il fallait condenser et ce n’est pas toujours simple. Je me suis alors positionnée sur le magazine d’enquête et d’investigation ». Pourquoi ce choix ? « Comme dans de nombreux domaines, le sexisme existe, c’était le moyen pour moi de crédibiliser mon travail sans être jugée sur des critères d’apparence, jeune, jolie et blonde… En couvrant des conflits, en menant des enquêtes fouillées, j’avais besoin de couper court à tout jugement et valoriser mon travail. » La chaîne France 3 lui a alors beaucoup apporté en lui faisant confiance et en lui permettant de faire des magazines d’investigation. Très rapidement, elle s’est tournée vers des thématiques autour de la mer. L’une de ses enquêtes sur l’affaire du « Bugaled Breizh » est repérée par le magazine national « Pièces à conviction » dirigé par la journaliste Elise Lucet. Elle intègre alors définitivement l’équipe rédactionnelle de l’émission et remonte à Paris en 2009.
« Psychologiquement, l’investigation n’est pas facile à supporter. Continuellement, il s’agit, avec un œil formé à aller chercher ce qui ne va pas, d’enquêter pour dévoiler des errances, un monde qui n’est pas très positif », nous confie Véronique.
Alors âgée d’à peine trente ans, elle part « la fleur au fusil », en terrain de guerre en Afghanistan avec trois autres confrères, un journaliste et deux caméramans. L’objectif : réaliser une heure d’émission sur dix ans de présence de l’armée française dans ce pays, pour quel bilan ? Elle est chargée de travailler avec les ONG françaises à Kaboul et son collègue Hervé Ghesquière, lui est davantage en relation avec l’armée française. Un mois et demi de tournage est prévu. Et là, la vie bascule et bouleverse à jamais la carrière de Véronique puisque Hervé Ghesquière et son caméraman Stéphane Taponier sont enlevés. Deux jours après, restée à Kaboul pour les besoins de l’enquête, elle échappe d’une part à un attentat suicide et d’autre part à un assaut de tirs des Talibans… Elle voit ainsi sa vie défiler en quelques minutes et prend conscience que l’adrénaline que lui procure ce métier ne vaut pas de perdre la vie.
En décembre 2010, avec des habitants de la vallée de Kapisa contrôlée par les Talibans. Par mesure de sécurité, elle travaille en burka. Elle reste encore sur place pendant deux mois et demi, espérant à chaque instant que ses collègues seront libérés. Elle y retourne régulièrement durant l’année et demie de leur captivité sur place, suspendue à leur libération. La vie d’après est difficile pour elle. « Je me sentais désemparée, inutile et atteinte du syndrome du survivant me posant maintes fois cette question : pourquoi eux et pas moi ? ».
En décembre 2010, avec des habitants de la vallée de Kapisa contrôlée par les Talibans. Par mesure de sécurité, elle travaille en burka.
Malgré l’intérêt de son travail « elle a explosé en plein vol » comme elle le raconte et à la suite d’un syndrome du stress post traumatique, la reconstruction est longue.
Sa bouée de sauvetage : l’île de Ré
Pendant toute cette période de mal- être, ses parents lui proposent de venir les rejoindre sur l’île de Ré où ils se sont installés définitivement. Sans réfléchir bien longtemps elle accepte de retourner aux sources, ce sera salvateur, elle se reconstruit, les blessures se referment. Un vrai questionnement s’opère sur sa vie et le sens qu’elle veut lui donner. Paradoxalement, pour celle qui a voyagé à travers le monde, elle rencontre son conjoint qui vit sur l’île et fonde une famille dans la foulée avec la naissance de ses deux enfants. Elle s’ancre ainsi définitivement sur ce territoire tant aimé.
Côté métier, Patrick de Carolis, le Président-Directeur-Général de France Télévision de l’époque, lui laisse le champ libre pour donner une nouvelle orientation à sa carrière de journaliste. Elle décide alors d’arrêter l’investigation et de se consacrer à de belles histoires humaines. Elle rejoint l’émission « Thalassa » sous la houlette de Georges Pernoud son célèbre présentateur. Elle est accueillie dans cette famille de cœur à bras ouverts et par un « bienvenue à bord ». Elle vit les grandes années de cette émission culte au côté d’une équipe bienveillante. Malgré son jeune âge – elle était la « cadette » – on lui fait totalement confiance et Georges, le capitaine du navire, reste à jamais un homme qui a marqué son existence. Son premier sujet sera à l’image de ce qu’elle souhaite désormais faire, à savoir mettre l’humain au cœur du reportage. Ce sera une épopée avec une famille composée des parents et de cinq enfants partis faire le tour de l’Amérique Latine en bateau et qui auront un sixième enfant en cours de route ! Il y aura aussi des sujets tournés sur l’île de Ré, comme les blockhaus habités, la tempête Xynthia… Actuellement les reportages qu’elle effectue sont tournés plutôt en France, en région à l’image de la chaîne France 3 qui diffuse Thalassa. L’actualité ne manque pas : éoliennes en mer, DOM-TOM, la pêche, jeunes qui s’investissent sur la protection des océans et des mers… sur le deuxième territoire maritime au monde que représente notre pays.
En reportage au Phare de Tévennec au large de la Pointe du Raz prochainement diffusé dans l’émission Thalassa sur France 3 le dimanche à 15h15. Elle vient de terminer un reportage de quarante minutes sur la maison Phare de Tévennec située sur un îlot rocheux au large de la Pointe du Raz. « J’y suis allée avec une équipe de tournage en pleine tempête, accompagnée d’un musicien qui est un pêcheur de sons de l’extrême, pendant cinq jours afin de capter le bruit, le vent… brassés sur cet îlot. Sachant qu’il y a toute une histoire mystique qui entoure ce lieu, on raconte en effet, que tous les gardiens de ce phare devenaient fous et nous avons donc essayé de jouer les détectives et de comprendre le pourquoi. Se faire hélitreuiller en pleine tempête par 80 kilomètres/heure de vent… cela reste incroyable et une expérience inoubliable », nous relate Véronique Veber.
En reportage au Phare de Tévennec au large de la Pointe du Raz prochainement diffusé dans l’émission Thalassa sur France 3 le dimanche à 15h15.
Aujourd’hui à 45 ans, elle a trouvé son rythme de vie à La Flotte et concilie à la fois sa vie de famille et sa vie professionnelle. « Cela peut paraître un peu cliché comme je le dis parfois : je vis sur une île, avec un mari skipper et je bosse pour l’émission Thalassa spécialisée sur le monde maritime » dit-elle en souriant. « Mais je m’en sors ! »
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