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pHARe : lueur d’espoir contre le harcèlement scolaire

Un élève sur dix est harcelé au cours de sa scolarité. L’annonce est glaçante et le sujet sensible. A la suite de plusieurs suicides de collégiens en détresse en 2023, le gouvernement s’est emparé du sujet à bras-le-corps et a placé cette rentrée scolaire sous le signe de la lutte contre le harcèlement. Qu’en est-il sur l’île de Ré ?
Le phénomène n’est pas nouveau, mais en parler l’est davantage ; et aujourd’hui, nous mettons des mots et des chiffres sur ce qui est longtemps resté tabou, et que l’on peine encore à aborder sereinement. 54% des cas signalés en France sont survenus au collège. D’après Philippe Villers, le nouveau principal du collège Les Salières à Saint-Martin-de-Ré, il n’y a pas de cas avéré à ce jour dans l’établissement. Néanmoins, la mise en place d’une cellule dédiée est en cours ; elle sera composée, sur la base du volontariat, d’enseignants et de membres du personnel de la Vie scolaire ; son principal objectif est de définir un protocole de « prise en charge ». Une formation de quatre jours sera dispensée à l’équipe afin de l’accompagner dans cette démarche.
Se former pour mieux agir
La formation d’une « communauté protectrice », est l’un des piliers du pHARe (programme de lutte contre le harcèlement à l’école). Formée sur le sujet il y a deux ans lors de sa prise de poste en tant que directrice, Fabienne Donzel a, à son tour, transmis à ses collègues d’Ars-en-Ré les clés principales pour prévenir, accompagner et protéger : “100% prévention, 100% détection et 100% solution”, c’est le slogan harangué par le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse. A l’école René Brunet, Fabienne Donzel et Aurélien Lamy, enseignant en CM2, composent l’équipe « bien-être ». Les élèves les ont repérés comme référents, mais savent qu’ils peuvent également se confier à d’autres adultes. A tout moment, les équipes pédagogiques peuvent elles aussi se tourner vers leur référent de secteur avec qui certaines écoles élémentaires, à l’instar de celles de Saint-Clément-des-Baleines et du Bois-Plage, suivent cette année une formation continue consacrée à ce programme.
Vigilance, le maître-mot
Mais les directeurs d’établissements scolaires du premier degré qui ont accepté de répondre à nos questions insistent : ils n’ont pas attendu les mesures prises par le gouvernement pour accorder une vigilance particulière à ce phénomène qui traverse les époques. Aude Levray, directrice de l’école privée Sainte-Catherine à La Flotte et enseignante en cycle 3, le confirme : « La culture de l’empathie est l’ADN de l’école ». Il y a deux ans déjà, des élèves-médiateurs avaient été installés au sein de la classe de CM2. Un moyen parmi tant d’autres pour endiguer le phénomène. Tous s’accordent à le dire : il est essentiel de ne pas laisser s’installer une situation conflictuelle. Virginie Houelbec, directrice de l’école Jules Ferry au Bois-Plage, en est convaincue : « Le harcèlement est silencieux et sournois, donc il est impératif de rester vigilant et à l’affût ». En vingt-et-un ans de carrière, elle y a été confrontée à deux reprises. D’après Joan Courtemanche et Thomas Henry, respectivement directrice à Saint-Clément-des-Baleines et directeur en élémentaire au Bois-Plage, cette vigilance est néanmoins facilitée sur l’île de Ré par la petite taille des structures, qui permet une attention quasi-permanente, et particulièrement accentuée dans les espaces les plus isolés d’une cour de récréation. Dans une étude réalisée à l’école René Brunet en 2022, les élèves de CM2 affirmaient se sentir en sécurité au sein de l’école. Ainsi, le harcèlement scolaire pourrait-il ne pas franchir le pont ?
De la simple chamaillerie au harcèlement
Lorsque l’on interroge les collégiens, on se rend bien compte que la question est plus subtile que ça : l’une des difficultés qui semble demeurer est l’identification du phénomène. Une élève de 5ème nous avouera : « Je ne sais pas si c’est du harcèlement. Il y a des personnes qui se moquent de lui tout le temps ». Pourtant, sa définition est assez proche de celle donnée par la loi : « quand des personnes t’embêtent, t’insultent, te tapent, te disent des méchancetés à longueur de temps ». Pour l’élève malmené, pour les parents inquiets ou pour un assistant d’éducation perplexe, il n’est pas du tout évident de savoir à quel moment la ligne est franchie.
Alors, certains enseignants ont mis en place des actions afin de clarifier certaines situations. A Saint-Clément, les enfants se réunissent autour d’un jeu de société, « ImProsocial » qui les amène à réfléchir à leur comportement dans des contextes particuliers. A l’école Sainte-Catherine, on anime des ateliers d’intelligence sociale ; et de manière plus générale, on dispense dans chaque école l’enseignement moral et civique.
S’inscrire dans un cercle vertueux
Le 9 novembre prochain est organisée la Journée nationale de lutte contre le harcèlement à l’école. A cette occasion, les écoles élémentaires du Bois-Plage, de Saint-Martin, d’Ars-en-Ré et de Saint-Clément consacreront un temps d’échange autour du sujet. Chacun pourra alors s’exprimer, à commencer par les intéressés eux-mêmes. Jusqu’à présent, quand un cas était avéré et pris en charge, on avait tendance à placer l’élève coupable de harcèlement sur le banc des accusés, sans pour autant prendre d’autres dispositions que d’éloigner la victime ellemême. Désormais, l’élève harceleur pourra être exclu, voire condamné, mais avant d’en arriver-là, l’une des mesures du pHARe vise à tenter de l’inclure lui aussi dans la recherche d’une solution ; chaque partie est ainsi engagée : c’est la « méthode de préoccupation partagée ». On retrouve ce dispositif dans le protocole mis en place par Fabienne Donzel, qui prévoit notamment plusieurs entretiens avec l’élève harceleur. Le programme de lutte contre le harcèlement à l’école s’inscrit selon elle dans un cercle vertueux. D’après Virginie Houelbec, ces mesures ont le mérite d’exister. Tous préconisent d’attendre pour mesurer leur efficacité.
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