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De la liberté de la presse et de ceux qu’elle dérange

Penser à l’accélération du temps avec Paul Virillo, mort à La Rochelle, dans un déprimant silence, paraît l’angle le plus incisif pour parler de la liberté de la presse. Accélération à tous les étages : réseaux sociaux, presse dématérialisée, information instantanée : tout collabore à un affaissement de la pensée construite au bénéfice de l’immédiat et son cortège d’affects non pensés, non retraités par la pensée.
Parler donc de la liberté de la presse, c’est fondamentalement aussi de parler de « quelle presse ? ».
Même, je ne méconnais pas que le droit qui protégera une publication trash est le même que celui qui protègera un journal d’investigation ou d’opinion. Un même droit, pour des situations de fait totalement différentes. Je passe donc sur la presse dite « people », même si je ne peux pas oublier que les principes, dont celui de la liberté de la presse, sont toujours attaqués sur leurs points faibles, afin de les plus sûrement tuer. Une sorte de carie dentaire. Presse people donc, et incontestablement une première limite, légitime : le principe du respect de la vie privée. Une limite à la limite : les actions sont la plupart du temps indemnitaires (le préjudice est déjà né) et le quantum des dommages et intérêts est souvent sans rapport avec le bénéfice escompté, voire encaissé depuis des lustres.
Sur le journalisme d’investigation d’opinion ou simplement d’information, la question est plus sournoise et le cancer de la pensée unique (ou de la non pensée) se manifeste sur plusieurs axes : le premier est celui du « droit de réponse » inséré dans la très jeune loi de 1881 (à une époque donc où l’information était totalement écrite). Droit essentiel qui devait faire balancier sur le terrain du contradictoire. On sait ce qu’il en advint. On sait que demander à en bénéficier est souvent vain, inévitablement pire. Le remède… n’est ce pas …
Alors, doucement mais sûrement vient la tentation de la pénalisation : Murray parlait de cette « envie de pénal » de nos contemporains… Tout y passe et la presse n’a aucune raison d’échapper à cette envie de ne voir l’autre qu’au prisme d’un juge d’instruction. Il faut ici parler donc du principal tempérament au principe de la liberté d’expression : l’action diffamatoire. Sérieusement encadrée par la loi, sérieusement contrôlée par les juges, avec une protection supplémentaire pour le journaliste qui est le secret des sources (en son article 2, soit juste après la formule de politesse traditionnellement inscrite dans l’article 1ier) que pas un des pouvoirs de la 5ième République n’a tenté de faire sauter à l’occasion d’une affaire le concernant. Les journalistes tiennent bon. Heureusement, serais-je tenté d’écrire, pour eux : c’est leur assurance sur la vie, et pour nous : c’est notre assurance liberté.
On croyait la question acquise donc du principe de la totale liberté d’expression d’un journaliste, d’un journal même.
On fanfaronnait.
C’est sans compter sur le génie humain. Voilà qu’avec l’accélération dont je parlais, apparurent, sur les réseaux et comme informateurs des journalistes, une nouvelle race de citoyens : ceux qui n’abdiquent pas devant le règlement. J’ai nommé les lanceurs d’alerte, poursuivis jusque parfois dans le cul d’ambassades exotiques, acculés donc, eux-mêmes dénoncés et … ? dissuadés ? Car la question arrive, as usual, et jamais sur le terrain du débat, comment donc les faire taire ? Voilà que les artisans du silence, grands groupes industriels, gouvernements, lobbys en tous genres (et parfois surprenants) imaginèrent une typologie d’actions protéiformes et censées être dissuasives : les fameuses procédures bâillons. Lire des procédures dont l’objet et l’effet réunis en une sorte de paradigme nouménal qui est celui de faire peur, de dissuader, d’empêcher, de contraindre, bref de faire fermer leurs gueules aux lanceurs d’alertes, salement décrits comme des sycophantes névrosés voire délinquants, voire criminels (C. Assange) et à leurs caisses de résonance que sont les journaux, comme le fit un grand sous-lieutenant de l’industrie française, quand la presse commençait à s’intéresser à ses actifs africains, avec force d’actions diffamatoires et demandes de dommages et intérêts hallucinants supposés laver son image, sa vertu et … surtout ses profits. La procédure bâillon, plus sûre que la censure. Une aubaine pour les partisans du silence.
C’est pourquoi, quand un homme ou une femme politique met un journal en demeure de ne pas parler de lui/elle et/ou de ses actions sous la menace d’une action judiciaire (laquelle… ?) ou quand une association menace le même journal de « poursuites », je rigole bien fort. Je ne souris pas, je rigole. Car je tiens là une preuve quasi irréfragable que le journal est à sa place, la seule qui vaille : dé-ranger.
Mais, il en reste. De ceux qui écrivent avec leurs idées. N’en déplaise.
Du pain béni pour l’avocat qui défend. Tout est dit dans le proverbe « On ne jette de pierres qu’aux arbres fruitiers ».
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