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La Coursive : saison 2 épisode 1 avec Franck Becker à la réalisation

Le directeur de l’une des plus grandes scènes nationales de France s’affranchit des qualificatifs tantôt « nouveau », tantôt « ex » systématiquement adossé à son titre depuis sa nomination en février 2017. Clap de fin pour la phase d’intégration ! Franck Becker présentait à la presse fin juin le scénario de sa première programmation rochelaise.
Ça y est, il est aux manettes et lance les réacteurs ! À la question de savoir si l’élaboration de cette saison 2018-2019 répond aux objectifs qu’il s’était fixés, Franck Becker clôt la conférence avec enthousiasme et confirme : « Elle est en tous points conforme à mes attentes, même s’il reste encore un ou deux projets que j’aimerais monter ».
Une certaine tension est toutefois perceptible. À peine quelques jours auparavant Michel Salsa quittait la présidence de l’association qui gère le théâtre, désaveu orchestré et nouvelle épreuve dans une succession sans péridurale en écho au charisme de Jackie Marchand qui en un quart de siècle a fait du petit couloir de nonnes une passerelle incontournable.
Il fallait s’y attendre ! Conforter le rayonnement artistique et culturel d’une ville qui fait clignoter tous les indicateurs du bien-vivre : l’enjeu a de quoi convoquer quelques pulsations… Mais rien n’aura été épargné à cet homme discret, pragmatique et de toute évidence peu enclin aux querelles, salué pour son engagement au théâtre de Cornouaille à Quimper et désigné unanimement à l’issue de plusieurs sélections.
Confiant dans son projet Franck Becker a prouvé lors de cette séance qu’il avait le pied marin. Tout juste nommé à la tête de La Coupe d’Or à Rochefort, il entend marquer son empreinte avec élégance, dans la continuité bien sûr, saupoudrée de savoureux petits changements.
L’histoire continue…
Grands noms et talents détectés serviront la création contemporaine pour ce casting de choix qui traditionnellement fait la part belle à tous les arts.
Il ne s’en était pas caché tandis qu’il exposait ses motivations à briguer le poste tant convoité. La couleur pluridisciplinaire de La Coursive a sans nul doute ajouté à l’attractivité de la mission proposée, lui qui mandaté pour se concentrer sur la musique en Bretagne a toujours vanté l’ouverture à toutes les formes d’expression.
Musique, danse, théâtre et cinéma se mêleront donc cette saison en une joyeuse combinaison de 73 propositions fidèles à l’ambition de contenter tous les goûts et curiosités.
Si on dansait ?
Ça commence fort ! Robes de princesses et pantoufles de verre sont invitées le 2 octobre à un grand bal ouvert à tous après le spectacle « Cendrillon » du ballet de Biarritz.
Du hip-hop aussi et toujours à la rentrée, discipline qui fait rayonner la ville depuis que Kader Attou en dirige le Centre chorégraphique national. Avec lui, c’est toujours renversant ! Cette fois il sera entouré d’une troupe de punkettes manga star en Asie pour une japan session explosive. On sera « Sur le fil » juste après avec la Compagnie rochefortaise Pyramid. Les « acroburlesques » reviennent dans le cadre du festival « Shake ! » 2ème édition.
Et pour une expérience totalement inédite, « Cold Blood », nous apprendra que les jeux de mains ne sont pas toujours vilains. Le collectif belge Kiss & Cry présentera sa dernière création : chorégraphie de paumes, ballets de doigts, nano-danse dans un décor miniature pour une oeuvre scénique inclassable et un voyage hypnotique unique.
On dirait qu’il en a mille, c’est vrai. L’étoile Benjamin Millepied nous rendra visite mi-février pour une « Bach studies » forcément brillante.
Au théâtre ce soir
Là encore, des pièces que les plus grandes scènes se disputent comme des surprises à découvrir. Denis Podalydès revisite Les Fourberies de Scapin toujours en novembre, Robin Renucci livre le combat de l’intime, la collision du couple dans « L’Échange » de Claudel en début d’année et Emmanuel Noblet nous offre son adaptation (récompensée aux Molières 2017) du best seller de Maylis de Kerangal, « Réparer les vivants » au printemps.
Le plus facétieux des conteurs québécois Fred Pellerin s’inspire quant à lui du cinéma d’Éric Rohmer, tandis que le prodige Cyril Teste envoie la claque du délétère huit-clos familial « Festen ».
Un coup de coeur Monsieur Becker ? « Retour à Reims, du célèbre metteur en scène Thomas Ostermeier avec Irène Jacob, un récit intime et politique sur le déterminisme social ».
Il ne faudra pas rater non plus la pièce majeure du festival d’Avignon le 31 janvier. Thomas Jolly s’empare de Thyeste pour un retour aux ressors de la tragédie latine avec Sénèque.
Classique, ethnique, jazzistique : la musique dans tous ses états
2018 s’en ira avec « Ré Majeure ». Le festival de Marck Minkowski, partenaire de La Coursive depuis les débuts entamera sa huitième et délicieuse itinérance en fin d’année, avant que l’iconique Stephan Eicher lance 2019 entouré d’une fanfare balkanique et d’une rappeuse spécialiste du beat-box.
Schubert, Bach, Debussy, Mozart seront à l’honneur avec des formations de renom pour servir leurs plus belles oeuvres. En février, le Beggar’s Opera présentera la toute première comédie musicale baroque de l’histoire, en mars c’est le trompettiste de génie Theo Croker qu’il faudra découvrir sur les recommandations de Dee Dee Bridgewater qui ne cesse d’en faire l’éloge.
Et toujours les inclassables
C’est un peu la signature de La Coursive ces spectacles en roue libre qui mêlent tous les arts. Franck Becker tenait particulièrement à étoffer cette proposition en droite ligne avec ses aspirations rochelaises. Le nouveau cirque est là ! En novembre, Yoann Bourgeois, trampoliniste au sommet de son art propose un show rebondissant. Folies acrobatiques encore en décembre avec le jeune collectif québécois Machine de cirque.
Et pour pimenter davantage cet espace de tous les possibles et mieux rencontrer le public, ce menu surprise est l’occasion pour le directeur d’accentuer la programmation hors les murs avec Damoclès, la pièce dont vous êtes le héros jouée dans cinq communes de l’agglomération et deux représentations données sous chapiteau en ville, « Le paradoxe de Georges » en décembre et « Dans ton coeur » en mai qui fait tout valdinguer pour le meilleur et pour le cirque !
Du changement dans la continuité : si l’alchimie des ingrédients qui ont fait le succès de La Coursive est toujours à l’oeuvre l’estampille Becker est elle aussi bien présente.
Hors les murs pour une évasion préméditée et concerts au chocolat pour s’en remettre
L’ouverture de la saison donnera le ton avec une grande veillée le 1er octobre autour d’un feu de bois à Périgny imaginé par la Cie Opus. Décor naturel en mars encore avec « Cinérama », ou comment être témoin tranquillement assis à la terrasse d’un café d’un film qui se joue sous nos yeux.
En juin, il sera question de grillons et d’accent provençal revu façon belge au port de pêche de Chef de Baie. Grâce à la Cie Marius, la saga familiale de Pagnol livre sa trilogie en extérieur également.
Et puis, parmi les nouveautés très attendues, « Avis de temps-fête » est l’une des inventions de la saison façon Becker. Un funambule dans le grand hall, des équilibristes sur le Vieux-Port et une montgolfière sur la pelouse du stade rochelais : c’est la dernière semaine de novembre ! Les « concerts au chocolat » sont aussi un concept importé de Quimper pour ravir les gourmets mélomanes.
La Rochelle main dans la main avec Rochefort, rapprochement avec Niort
En 2019 les partenariats se renforcent et se nouent. L’enseigne rochelaise continue de parrainer les nombreux festivals (Film, Francofolies…) qui ponctuent l’année, de promouvoir la mythique Sirène à La Pallice, immense espace dédié aux musiques actuelles et fleuron là encore du rayonnement culturel de la ville.
L’aventure, c’est l’ambition d’un avenir artistique commun avec la scène conventionnée de Rochefort « La Coupe d’or ». La fusion tout juste officialisée donnera lieu à des programmations communes et des facilités de va et vient d’une ville à l’autre avec notamment des bus gratuits spécialement affrétés pour ces soirées jumelées. Et pour incarner plus encore la dynamique métropolitaine, Niort entre dans la danse avec une soirée danse, spécial hommage à John Coltrane le 14 janvier au Moulin du Roc.
« Je pars d’un point et je vais le plus loin possible » disait le légendaire saxophoniste. La formule convient bien au directeur « tout court » qui parmi les axes forts de l’empreinte qu’il souhaite inscrire souligne l’importance du soutien à la création sur la longueur.
Nouveaux artistes en résidence pour un compagnonnage sur le long terme
C’est probablement sur ce point que La Coursive version Becker ouvre une nouvelle page de son histoire, avec une politique de soutien à la création renforcée par une association d’artistes engagés sur quatre ans. Confirmés ou émergents, la plupart ont déjà des complicités prometteuses qui ne demandent qu’à s’épanouir. Le nouveau dispositif accompagne de manière volontariste l’équilibre paritaire, enfin unanimement plébiscité, avec des binômes composés d’un créateur et d’une créatrice dans des disciplines variées.
Lieu de refuge propice à la naissance de tous les projets, les salles de répétitions bouillonnent avec des électrons comme Thomas de Pourquery, colosse barbu et nouvelle star du jazz attendu à la Sirène avec Supersonic le 12 octobre ou Joël Pommerat récompensé aux Molières cette année pour sa relecture du « Petit chaperon rouge » qu’il proposera fin mars.
Côté femmes : la dramaturge et metteur en scène en vue Julie Deliquet, la chorégraphe Marion Muzac et la violoniste Amandine Beyer entre autres annoncent de riches collaborations.
Marie-Victoire Vergnaud
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