Confinement : une vraie bouffée d’oxygène

Synonyme d’enfermement et de privation pour beaucoup, le confinement a apporté une véritable bouffée d’oxygène à la nature. L’absence d’activité humaine s’est largement fait ressentir sur l’île de Ré, où le déconfinement suscite certaines inquiétudes chez les naturalistes.
2020 restera une année atypique. « Indépendamment de la crise sanitaire, 2020 est une année atypique dans le sens où nous avons eu un hiver très clément, avec un grand nombre d’insectes et donc un grand nombre d’oiseaux qui ont pu franchir le cap d’une période habituellement mauvaise pour eux », commente Dominique Chevillon, président de Ré Nature Environnement et vice-président de la LPO France (Ligue pour la protection des oiseaux).
La nature a repris ses droits…
Au début du printemps, les naturalistes ont en effet pu observer un important effectif d’oiseaux, et notamment de passereaux comme les linottes ou les chardonnerets. « Lorsque le confinement a débuté, nous étions au coeur d’une période où la végétation était déjà bien fournie avec beaucoup d’insectes présents. L’absence de dérangement lié aux activités humaines a donné lieu à des installations d’espèces qui ont niché dans des endroits où elles ne le font d’habitude pas », souligne Dominique Chevillon. Dans la partie sud de l’île, des tadornes ont niché dans des lieux inhabituels pour elles. « La grande tranquillité et l’absence de passage ont permis ces nidifications. C’est la première fois que l’on a vu cette espèce à cet endroit, en trente ans d’observation ». Même constat dans le nord de l’île, « Du côté du Pertuis Breton comme du côté de la côte sauvage, nous avons observé la présence d’oiseaux dans des endroits où nous n’en avions jamais vu ».
…mais gare au déconfinement
Depuis le 11 mai dernier, date du déconfinement, les activités humaines reprennent progressivement. Certains endroits choisis par les oiseaux pour leur nidification vont à nouveau être très fréquentés, ce qui n’est pas sans inquiéter les naturalistes. « Il faut espérer que les espèces qui ont niché aient terminé leurs couvées afin d’éviter qu’elles ne soient détruites par les activités humaines… », soulève Dominique Chevillon. « Pour certaines espèces, il est aujourd’hui envisagé, en partenariat avec le Département de la Charente-Maritime, la Communauté de Communes de l’île de Ré, certaines communes, la LPO ainsi que Ré Nature Environnement de mettre en place des protections sous forme de signalétique. Il s’agit de protéger des endroits occupés par certaines espèces comme les gravelots à collier interrompu, les avocettes ou encore les échasses » poursuit-il.
« Éviter ces fauchages invraisemblables ! »
La flore a elle aussi bien profité de ce confinement. « Les plantes, qui recommencent malgré tout à être piétinées et détruites par les passages, ont elles aussi bénéficié de cette bouffée d’oxygène. Il est intéressant de constater qu’aux endroits où il n’y a pas eu de fauche, alors que la tendance est à l’excès de fauche, nous observons des espèces de plantes que nous ne voyions pas, ou plus », décrypte le naturaliste. Selon lui, il faut éviter « ces coupes devenues invraisemblables ».
Le parc de Montamer, sur la commune de Sainte- Marie, en est un bon exemple. « Ce parc, qui est en passe de devenir un refuge de la LPO, n’a pas été fauché. Résultat : nous y constatons qu’une flore exceptionnelle s’y est développée ». L’occasion pour le vice-président de la LPO France de rappeler qu’il faut réaliser ces fauches tardivement, c’est-à-dire à la fin du mois de mai voire au début du mois de juin. Le principe devrait être appliqué de la même façon chez les particuliers : « Notre crainte, c’est que les travaux de jardin qui ne se sont pas faits jusqu’alors se fassent maintenant et que des nids soient détruits. Rappelons d’ailleurs que les tailles d’arbres et d’arbustes sont interdites pendant la période de nidification, c’està- dire entre début avril et fin juillet ».
Un ciel exceptionnel
Le confinement a aussi été l’occasion d’admirer un ciel rétais exceptionnellement pur. « Cela a en effet été l’occasion de constater un ciel d’un bleu que l’on avait oublié. C’est une constatation supplémentaire du fait que nous vivons dans un monde malade. Indépendamment de cette crise sanitaire majeure, il faut vraiment faire des efforts pour éviter d’empoisonner notre eau, notre terre et notre mer », résume Dominique Chevillon. Les dernières observations de cieux d’un tel bleu remontent ainsi à près d’une trentaine d’années. « Cette période particulière a été une formidable opportunité pour les Rétais de s’intéresser à la nature qu’ils côtoient à proximité, dans leurs jardins par exemple. Beaucoup nous ont écrit pour nous dire qu’il redécouvraient l’île et combien elle était belle ! », conclut-il.
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