Benoit Peslerbe, un homme heureux

Devenu torréfacteur-barista, Benoit Peslerbe a récemment créé les Cafés Windara, une société de torréfaction et de distribution de cafés de spécialité. Il a du faire le tour du monde avant de savoir que c’était ce qu’il souhaitait véritablement exercer comme métier. Ce chemin initiatique l’a également conduit à la découverte de lui-même.
Élevé dans le nord de l’île, entre Ars et Saint-Clément, Benoit, lorsqu’il s’agit d’aller au lycée, choisit un établissement éloigné. Il veut savoir ce qui existe plus loin et toujours plus loin d’ailleurs. Il terminera ses études secondaires à Poitiers, où il commencera à s’ouvrir au monde, à la culture et à la musique. Il ne savait pas trop ce qu’il avait envie de faire, mais poussé par ses professeurs qui le trouvent doué, il obtient une licence de physique- chimie et entre à l’ESEO, école d’ingénieurs bien cotée à Angers. La première année lui suffit pour comprendre que le métier d’ingénieur n’est pas pour lui. Parallèlement à ses études, Benoit a toujours travaillé lors des saisons d’été dans l’île. Il a mis un peu d’argent de côté et possède un van avec lequel il décide de partir à la découverte de l’Europe. Direction les Alpes du sud, puis la Croatie où il découvre un peuple aux manières rudes, mais au coeur d’or. Il remonte ensuite par l’Allemagne et atteint la Hollande. Ses fonds sont alors au plus bas et il choisit de rentrer. Durant ce premier road trip où il a tout juste 20 ans, il a appris à vivre en dépensant le minimum, pêchant son poisson quand il est en bord de mer et surtout il s’est imprégné des différentes cultures rencontrées. À son retour, il cherche un emploi, en trouve un dans les Alpes, mais en fait n’est pas encore prêt à s’investir dans un travail régulier. Cet avant-goût de ce que le monde peut lui réserver est trop tentant. Il vend son van et s’envole cette fois très loin, en Australie.
Un besoin vital d’horizons lointains
Lorsque Benoit atterrit à Perth, capitale de l’Australie occidentale, il a 22 ans. À la première question qu’il pose dans son anglais scolaire, il réalise que les choses risquent d’être un peu plus compliquées qu’il ne l’avait imaginé : il ne comprend pas un mot de la réponse qui lui est faite ! Il avait réservé pour deux nuits dans une auberge de jeunesse. Après ce laps de temps, il n’y a plus de place et il doit trouver rapidement une solution. Il rencontre par hasard une dame venue faire ses courses à Perth et qui lui propose de l’héberger. Il appréhende en bloc et la taille de ce pays où on fait 400 km aller-retour pour faire de simples courses et l’hospitalité de ce peuple où sans le connaître on lui propose de l’héberger. Installé à Margaret River, au sud de Perth sur la côte occidentale, il va faire du surf dans ce spot renommé et travaillera dans les vignes de cette région viticole. Durant un an, Benoit sillonnera la Western Australia, puis visitera les parcs nationaux dont il dit « on a du mal à imaginer à quel point c’est sauvage et beau » et continuera en direction de Darwin au nord. Il a appris à connaître les Australiens, il est maintenant bilingue, ce qui facilite les échanges et il continue à aller de rencontres intéressantes en rencontres toujours plus improbables.
Darwin est une étape importante dans la vie de Benoit. C’est là qu’il va découvrir l’univers du vin et celui du café, pour lequel il développera une véritable passion. Engagé comme barman au restaurant « The Char », l’un des plus grands établissements gastronomiques de Darwin, il goûtera aux grands crus de café et, dans ce pays qui possède une culture du café et un savoir faire que nous n’avons pas, il apprendra à les déguster avec la même exigence que pour un vin. L’après-midi, il travaille dans un chantier naval où il répare des bateaux et en achète même un petit, car il a en tête de naviguer seul jusqu’en Indonésie. Les complications administratives – il est en fin de visa -, et la maladie de sa soeur lui font abandonner le projet et il rentre en Europe.
La traversée de l’Atlantique
Rentré en France, il décroche un job pour une saison à Serre Chevalier. Il a acquis de l’expérience et de la maturité, il est aussi bilingue avec cependant un bon accent australien qui lui attire les sympathies d’un groupe de skieurs anglophones dont certains sont d’origine australienne. Après cette transition qui lui permet de se refaire financièrement, il envisage, comme pas mal de Rétais, de traverser l’Atlantique en direction des Caraïbes. Il descend en stop jusqu’à Madrid, prend l’avion pour les Canaries et se trouve une place d’équipier à bord d’un bateau en partance pour le Cap Vert, puis la Martinique. Son but final est le Brésil. Benoit prend un vol en direction de la Guyane où, comme il en a l’habitude, il rencontre des gens sympathiques qui l’accueillent chez eux pendant plusieurs mois, après quoi ils le déposeront à la frontière avec le Brésil où il entrera en pirogue. Au Brésil, il va voyager pas mal en forêt. L’environnement est assez sauvage et même dangereux. Les rencontres avec la population sont moins aisées. Il descend vers le sud en longeant la côte jusqu’à Fortaleza, traversant le Nordeste une région plutôt difficile. Quand il arrive à Fortaleza, il lui reste juste de quoi acheter un billet d’avion pour rentrer. Il hésite entre continuer vers l’Argentine et rentrer en Europe. Cela fait deux ans qu’il voyage seul, et la solitude, il en a assez. Il décide de rentrer.
Il est clair que le jeune homme qui rentre n’est plus le gamin qui est parti sans trop savoir ce qu’il attendait de la vie. Dès son retour, Benoit sait qu’il veut devenir torréfacteur, mais il estime que ses connaissances sont encore insuffisantes et il doit se constituer un capital pour se lancer dans un investissement de ce genre. Il a aussi beaucoup de mal à redescendre sur terre. C’est Sylvie, la jeune femme qu’il va rencontrer et qui est maintenant sa compagne depuis deux ans, qui va lui donner l’envie et la force de créer les Cafés Windara. Ces cinq années passées sur les routes du monde lui ont appris à faire la différence entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Elles lui ont apporté la sérénité et s’il vit désormais dans l’île, il sait pourquoi. « J’ai appris à être heureux », dit-il.

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